Pendant des annees, l'abandon de poste a parfois ete presente comme une maniere de quitter l'entreprise en laissant l'employeur vous licencier ensuite. Cette lecture est depassee. Depuis l'article L1237-1-1 du Code du travail et le decret de 2023, le mecanisme a change: l'employeur peut mettre le salarie en demeure de justifier son absence et de reprendre son poste, puis le considerer comme demissionnaire s'il ne revient pas dans le delai fixe.
Concretement, cela veut dire deux choses. D'abord, l'absence ne produit plus automatiquement une sortie par licenciement. Ensuite, l'idee selon laquelle l'abandon de poste ouvrirait facilement les droits au chomage ne tient plus. En 2026, il faut raisonner comme pour une demission presumee, sauf situation legitime ou issue particuliere du dossier.
Que se passe-t-il en cas d'abandon de poste en 2026 ?
L'abandon de poste correspond a une absence injustifiee. Pendant cette absence, le contrat est suspendu et le salaire n'est pas verse, mais vous faites toujours partie des effectifs. Si l'employeur choisit d'utiliser la nouvelle procedure, il envoie une mise en demeure demandant au salarie de justifier son absence et de reprendre le travail.
Cette lettre doit laisser un delai minimal de 15 jours calendaires a compter de sa presentation ou de sa remise en main propre contre decharge. Elle doit aussi preciser qu'a defaut de reprise du poste et en l'absence de justification, le salarie sera presume demissionnaire. Si vous ne repondez pas, ou si vous indiquez que vous ne reprendrez pas votre poste, la demission presumee peut prendre effet a la date fixee par l'employeur.
Abandon de poste et chômage : avez-vous droit à l'ARE ?
En principe, non. France Travail rappelle qu'une demission n'ouvre pas droit immediatement a l'allocation chomage, sauf cas limites ou demission consideree comme legitime. Or la procedure d'abandon de poste aboutit justement a une presomption de demission. C'est la raison pour laquelle l'abandon de poste n'est plus une voie fiable pour partir avec une indemnisation chomage.
Cela ne veut pas dire qu'aucune porte n'existe jamais. Comme pour les autres demissions, un reexamen de la situation peut etre demande apres 121 jours de chomage non indemnise. Et si vous retravaillez ensuite au moins 65 jours travailles ou 455 heures avant une nouvelle fin de contrat involontaire, vos droits peuvent etre reouverts. Mais ce n'est pas un filet de securite immediat.
Exemple concret
Un salarie quitte son poste du jour au lendemain en pensant qu'il sera licencie pour faute grave et touchera le chomage. L'employeur envoie une mise en demeure reguliere, laisse plus de 15 jours et le salarie ne revient pas. En 2026, le scenario le plus probable n'est plus le licenciement, mais la presomption de demission. Le salarie se retrouve alors sans salaire pendant l'absence et sans ouverture immediate de l'ARE.
Y a-t-il des motifs qui empêchent la présomption de démission ?
Oui. L'absence ne doit pas etre traitee comme un abandon de poste volontaire si le salarie dispose d'un motif legitime. Le Code du travail numerique cite par exemple des raisons medicales ou la necessite d'aller consulter un medecin. En pratique, toute absence qu'il est possible de justifier serieusement doit etre documentee au plus vite.
C'est la partie la plus importante du dossier: si vous etes en arret, en situation de danger, dans un contexte de harcelement ou dans une impasse de sante, il faut sortir de la logique "silence + absence". Plus vous laissez l'employeur seul maitriser le calendrier, plus la procedure va vous enfermer.
La procedure de presomption de demission ne doit pas etre poursuivie telle quelle.
Le contrat continue, meme si l'employeur peut encore sanctionner l'absence injustifiee.
Vous ouvrez la voie a une demission presumee et donc a une sortie beaucoup moins protectrice.
Ce que ça change pour votre rupture du contrat
Le changement majeur, c'est que l'abandon de poste n'est plus un substitut de rupture negociee. Si votre objectif est de quitter l'entreprise avec un cadre plus propre, il faut plutot regarder une demission classique, une rupture conventionnelle si elle est possible, ou un traitement juridique du conflit si le dossier est plus grave. L'abandon de poste laisse au contraire beaucoup de choses se degrader: remuneration suspendue, tension relationnelle, dates floues et risque sur le chomage.
Il faut aussi penser au preavis. La mise en demeure peut indiquer que vous serez presume demissionnaire et tenu de respecter un preavis. Autrement dit, la sortie n'est pas forcement immediate, et elle n'est pas forcement moins couteuse pour vous. Si le vrai sujet est une rupture devenue invivable, il vaut mieux cadrer la suite avant que l'absence ne vous ferme des options.
Ce n'est plus la logique du dispositif en 2026. Le risque principal est au contraire la demission presumee.
Le silence est souvent interprété contre vous. Si vous avez un motif legitime, il faut le documenter vite.
Si votre dossier merite une negociation ou une contestation, l'abandon de poste vous affaiblit souvent plus qu'il ne vous aide.
Si vous hesitez entre partir, negocier ou contester, il vaut mieux comparer les scenarios a froid. Notre guide sur la rupture conventionnelle en 2026 peut vous aider a mesurer ce qui reste plus protecteur qu'une absence non justifiee.
Comparez vos options avant de vous mettre en risque
Exitio vous aide a estimer votre package de sortie, a verifier un preavis et a clarifier si une negociation est possible avant qu'un abandon de poste ne complique tout.